Le Destin Juif et la Musique
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Frans C.Lemaire
Le destin juif et la musique
3000 ans d’histoire

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En un survol de quelque trois mille ans, ce livre retrace l’histoire des liens qu’a noués la musique avec la religion et la culture juives.

Du Jubal de la Genèse, père des instrumentistes, à David, roi et musicien-poète, des cérémonies grandioses et festives du Temple au rigorisme et à l’austérité des synagogues, la musique des temps bibliques n’a laissé d’autres traces que des évocations littéraires de plus en plus contredites par les travaux archéologiques.

Après la destruction du second Temple, c’est la diaspora qui donne à la musique juive ses formes et sa diversité au sein des communautés séfarades et ashkénazes, chaque groupe développant sa culture spécifique, celle des shtetl, du yiddish et de la musique klezmer ici, de la musique judéo-andalouse puis des chants séfarades dans tout le pourtour méditerranéen.

Dès sa naissance, le christianisme a transféré dans sa liturgie une partie du patrimoine judaïque – textes sacrés, Psaumes et Lamentations, rites et chants – mais les rabbins ont soigneusement tenu le culte à l’écart des séductions trop humaines des images et de la musique cantonnée dans une cantillation respectant pleinement l’hégémonie du texte. La religion chrétienne, au contraire, a fait de l’art sous toutes ses formes, l’instrument par excellence de la transmission de son message et de la transformation de l’héritage hébraïque, pour le meilleur en le magnifiant et pour le pire en l’associant à la doctrine du « peuple déicide » élaborée dès le IIe siècle par Méliton de Sarde et les Pères de l’Église. Une analyse de la liturgie de la Semaine sainte et des Passions luthériennes montre à quel point elle est liée à cet antijudaïsme que le christianisme a entretenu durant près de vingt siècles.

Le siècle des Lumières a semblé un moment créer des conditions favorables à une assimilation harmonieuse illustrée de façon exemplaire par la famille Mendelssohn en Allemagne et par les succès en France de Meyerbeer, Halévy et Offenbach. La riposte ne tarda pas sous les apparences de modernité d’un antisémitisme paré des prestiges de la pensée (Schopenhauer), de l’art (Wagner) et de la science (Gobineau). Déclaré incapable par nature – on ne dit pas encore « race » - de création et d’invention, l’artiste juif se voit accusé par Wagner d’être un corrupteur des vertus nationales. Prenant le relais de l’antijudaïsme chrétien, l’antisémitisme ainsi trouvait de nouvelles justifications aux humiliations et aux persécutions. Les destins de Mahler, Schoenberg, Weill, Adorno… traduisent bien l’errance d’une identité qui doit chaque fois se refonder pour survivre. Mais beaucoup n’auront d’autre choix que le progrom, le ghetto, la fosse creusée de leurs mains ou la chambre à gaz. Quelle musique à Terezin, quelle musique après Auschwitz ?

Les trois grandes communautés qui ont survécu à la Shoah (Russie, Amérique, Israël)  ont connu des développements très différents. La première a apporté des interprètes incomparables tels Milstein, Horowitz ou Oistrakh, tandis que l’émigration faisait naître et grandir sur le sol des pays d’accueil, des compositeurs comme Gershwin ou Bernstein et une nouvelle génération de compositeurs israéliens.

Ce parcours entre grandeur et tragédie est complété par le récit biographique des destins individuels de quelque 120 compositeurs et une trentaine de musicologues éminents.

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